Après le tremblement, de Jean Portante

kinneksbond

Ce soir, l’écrivain Jean Portante sera au Luxembourg pour présenter son dernier recueil Après le tremblement (Castor Astral), au Centre Culturel Kinneksbond, Mamer. Il sera accompagné par le percussionniste Franck Hemmerlé, du groupe Luma Luma & the soundlaboratory.

Ce livre, qui vient d’apparaître en France, a été décrit comme «une sorte d’état des lieux, après le tremblement de terre qui a détruit en grande partie la ville de L’Aquila, le 6 avril 2009, et San Demetrio, le village dont l’écrivain est originaire. État des lieux, non des destructions physiques, mais de ce que la mémoire a déposé dans l’imaginaire du poète».

apresletremblementJean Portante est né en 1950 à Differdange, de parents italiens à peine arrivés au pays. Son enfance, qu’il fait entrer dans la fiction dans son roman Mrs Haroy ou la mémoire de la baleine, a été marquée par cette double appartenance. Ou plutôt par une double non appartenance, puisque comme chaque voyageur, il s’est senti très tôt citoyen de terre de personne. À l’instar de la baleine, ce mammifère ayant décidé d’émigrer dans l’eau des océans, il sait qu’il n’appartient ni à la terre quittée ni à celle rejointe.

Toute son œuvre en est imprégnée: quant à la langue d’écriture, Jean Portante dit d’elle que c’est une «étrange langue» ou une «langue baleine», une langue qui a l’aspect du français (comme la baleine ressemble à un poisson), c’est-à-dire du français à l’intérieur duquel respire (comme le poumon de la baleine) la langue italienne. L’écriture de Portante devient ainsi un incessant voyage d’un univers linguistique à l’autre, et si, dans ses romans, il mêle histoire, autobiographie et fiction, pour démêler les pièges de la mémoire, de l’identité, de l’enracinement, des migrations, dans sa poésie il réinvente une langue qui sache dire le déracinement.

Fidèle à cette poétique, le poème Nous venons au monde a été écrit spécifiquement pour le Numéro 1 du journal Le monde n’est pas rond. Le poème figure accompagné de l’illustration Pastel de país, de l’artiste andalouse María Bueno Castellano.

Nous venons au monde

On ne dit pas venir au continent, ou au pays, ou venir en ville, ou au village.
On dit : venir au monde.
Nous venons au monde.
Et comme il n’y a pas deux mondes il s’agit pour tout le monde du même monde.

C’est au monde que je suis venu.
Et tout le monde est venu à ce monde.
Et personne n’est venu au continent au pays à la ville ou au village.

Que le monde soit plein d’endroits, rien à redire : ça reste le monde.
Qu’on le découpe en dix continents, en mille pays, en cent mille villes ou en millions de villages, rien à redire :
même découpé en mille milliards de parcelles, ça reste le monde.

Pourquoi y en a-t-il alors qui veulent nous faire croire que le monde dans lequel […]

Nous venons au monde, poème de Jean Portante

Nous venons au monde, poème de Jean Portante

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